Tourisme

Quelle compétence tourisme suivant les territoires ?

• La compétence tourisme est une compétence partagée entre les différents niveaux des collectivités territoriales. En effet, l’article L.111-1 du code du tourisme dispose que « L’État, les régions, les départements et les communes sont compétents dans le domaine du tourisme et exercent ces compétences en coopération et de façon coordonnée ».

• La loi n°2015-991 du 7 Août 2015, portant nouvelle organisation territoriale de la République (dite loi « NOTRe ») procède toutefois à une réaffirmation de la place des régions en faisant du développement économique leur compétence prioritaire. Le rôle des intercommunalités, dans la mise en œuvre de la politique touristique, a quant à lui été renforcé, la loi NOTRe prévoyant un transfert de plein droit, à compter du 1er Janvier 2017, d’une compétence obligatoire en matière de « promotion du tourisme, dont la création d’offices de tourisme » aux communautés d’agglomération et aux communautés de communes en lieu et place des communes membres (cf. art. L.5216-5 et art. L.5214-16 du Code Général des Collectivités Territoriales : CGCT).

Décroissance du tourisme

Pour un décroissant, le « tourisme » correspond à une marchandisation du « voyage ».

Par conséquent :

• Pour rester cohérent, il faut s’opposer à tout ce qui pourrait permettre au tourisme de se maintenir. Si le tourisme et ses dérives de marchandisation sont clairement à bannir, le voyage vécu comme une rencontre de l’autre, de sa culture et de son histoire sont à encourager. C’est d’autant plus le cas lorsque cette rencontre est possible à quelques kilomètres de son domicile, permettant de s’approprier la richesse insoupçonnée de son propre environnement.

• Mais comme transition, tenir compte que du jour au lendemain il n’y a pas de baguette magique pour faire « disparaître » le tourisme : d’où, OK pour des mesures transitoires d’accompagnement à la désincitation au tourisme.

Dégâts des lieux

• 10 % du PIB mondial et 1 emploi sur 11 dans le monde,
• De plus en plus de touristes dans le monde : En 2018, 1,4 milliard de personnes sont arrivées dans un pays qui n’était pas le leur pour un séjour touristique, une fréquentation en hausse de 5,4 % sur un an. « Avec une telle croissance, nous devons prendre nos responsabilités pour éviter les effets pervers du tourisme»,
• La France est la première destination mondiale. 89 millions, c’est le nombre d’étrangers venus visiter la France en 2018 (en 2016, 826 millions en métropole et environ 400 000 dans les départements d’outre-mer), selon les chiffres du ministère des affaires étrangères,
• Une offre touristique qui se diversifie et qui sait « innover »,
• De plus en plus de séjours de courte durée (accélération),
• Nouvelles consommations et nouveaux consommateurs potentiels,
• Une économie à la pointe de la numérisation du monde : Air’b’nb, Tripadvisor,
• Un secteur sachant surfer sur les modes : la colonisation (des imaginaires) de l’authenticité, du local, du bio, du « typique ».

Avec pour effet, une artificialisation de la rencontre :

• Bétonnage accéléré de certaines zones – pression immobilière,
• Standardisation des modes de vie par l’implantation de chaînes d’hôtels et de restaurants offrant des prestations identiques sur toute la planète,
• Toujours plus de vols touristiques et de bateaux de croisières en circulation,
• Saturation touristique dans certaines villes : envolée des prix du logement : avec fuite de la population en banlieue,
• Ras le bol de la population : manifestation anti-touristes dans plusieurs villes européennes,
• Pollution,
• Plus difficile pour les voyageurs d’apprécier une ville car ils voient surtout ce que l’industrie touristique défigure,
• Une multiplication de l’offre de logements pour les touristes, au détriment des « voyageurs »,
• Des atteintes lourdes à l’environnement,
• Des enjeux de plus en plus colossaux avec une compétition féroce entre destinations.

Idée générale : Passer du tourisme au voyage :

En soi, le déplacement n’est pas à condamner : c’est pourquoi on peut faire une distinction entre le tourisme et le voyage. Rencontrer d’autres cultures, valoriser l’altérité, reprendre le temps…

Dans un monde du travail et de la consommation, même les « temps libres » sont monopolisés par la « croissance » et sont repris par une industrie des loisirs. On retrouve dans les « vacances » les mêmes impératifs productivistes de comportements que dans le travail (1).

Le tourisme repose sur une attractivité paradoxale : d’un côté une concurrence généralisée, de l’autre une offre de plus en plus standardisée (uniformisation de la culture et acculturation des traditions caricaturées en folklore)

Aucune infrastructure ne doit plus être orientée vers le tourisme. Il faut établir un principe d’équivalence entre « habitant » et « voyageur ». Tout ce qui est valable pour un habitant doit être valable pour un voyageur, et réciproquement ; dans le « voyage », ce qui est utile et agréable pour un « voyageur » devra aussi l’être pour un « habitant ».
Par exemple, pas de ligne ferroviaire pour amener sur un lieu touristique, mais OK pour un maillage « voyageur».
Par exemple aussi, quelqu’un qui visite un musée près de chez lui ou se rend à une exposition s’engage dans un voyage culturel.

Propositions

 

Au niveau national :

Propositions limitatives pour d’emblée désinciter au tourisme

• Taxation renforcée des destinations lointaines sur les vols et des paquebots de croisière pour financer des politiques publiques de protection de l’environnement par exemple,
• Taxation des activités touristiques polluantes (parcs d’attraction, route touristique par exemple) selon une grille à définir,
• Mise en place d’une bourse d’échange de droits à polluer touristique comme pour les certificats d’économie d’énergie,
• Stop la PUB : Arrêter cette course médiatique sans fin vers toujours plus de touristes,
• Évaluer enfin tous les impacts négatifs de cette massification touristique.

Au niveau régional :

Propositions limitatives pour d’emblée désinciter au tourisme :

• Suppression immédiate de toutes les « institutions » territoriales consacrées au tourisme :
          * Au niveau régional : disparition du Comité Régional du Tourisme (CRT),
          * Au niveau départemental : disparition du Comité Départemental du Tourisme (CDT),
        * Au niveau des communes et des intercommunalités, disparitions des offices de tourisme + disparition du classement « commune touristique » et « station de tourisme ».
• Transfert de tous les budgets « tourisme » aux budgets « aménagements du territoire » (en particulier, interdiction de toutes les aides du genre « subventions pour les meublés de tourisme » (2)),
• Réaffectation des fonctionnaires dans des services d’aménagement du territoire

 

Propositions constructives pour inciter au voyage (et passer du tourisme au voyage) :

Mode de déplacement

• Encourager le voyage à objectif patrimonial, écologique, artistique,
• De façon transitoire mais immédiate : Proposer dans les actuelles « zones touristiques » la gratuité des transports en commun pour les touristes/voyageurs afin de limiter l’usage de la voiture.

Hébergement

• De façon transitoire mais immédiate : Limitation par zone géographique dans chaque région du taux de logement dédié au tourisme par catégorie : hôtels-gîtes-camping-airbnb etc. Sanction financière en cas de dépassement,
• Priorité aux logements des résidents face à la spéculation immobilière,
• De façon transitoire mais immédiate : Obligation de rénovation énergétique des hébergements touristiques les plus énergivores.•

Offres de services

• Encouragement des voyages, excursions intrarégionaux français par une politique tarifaire adaptée : billets d’entrée dans les musées à demi-tarif par exemple pour les résidents de la région : développement donc du « voyage » près de chez soi : découverte des richesses patrimoniales et naturelles de proximité,
• Valorisation d’une offre d’accueil des « voyageurs »,
• Sanctuariser certaines zones du territoire de toute activité pendant quelques mois dans l’année pour laisser la nature reprendre ses droits.

Communication

• Création de « Maison des patrimoines » pour aussi bien intégrer le « culturel » que le « naturel »,
• Mise en œuvre dans chaque région d’une communication à destination de la population locale sur les richesses locales.

Aussi

•  Réaffectation des fonctionnaires territoriaux travaillant dans le tourisme avec formation complémentaire à définir,
•  Attention à la promotion du « développement personnel » qui est une variante du développement.

Sources